Merck Frosst
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Allocutions des dirigeants

Allocution de

Dawn Graham
Présidente
Merck Frosst Canada Ltée

 

Allocution présentée devant le Cercle canadien de Montréal

La recherche biopharmaceutique :
Santé et prospérité pour tous les Canadiens

 

Montréal (Québec)
Le 10 mars 2008

 

Merci infiniment. Bon après-midi mesdames et messieurs.

Je tiens tout d'abord à remercier le Cercle canadien de Montréal pour cette aimable invitation.

C'est pour moi un honneur et un privilège de me trouver ici, en un lieu aussi prestigieux, dont la destinée, depuis plus de 100 ans, est impressionnante. Je suis enchantée d'être aujourd'hui parmi vous à titre de représentante d'une entreprise qui se félicite de sa longue association avec cette formidable ville, Montréal, et dont le parcours suscite également respect et fierté.

L'histoire de Merck Frosst remonte en effet à 1899, année de fondation de la société Charles E. Frosst & Company.

En 1910, la société Frosst met au point son premier analgésique. L'année suivante, elle se dote d'installations à Montréal. La société Frosst est alors une compagnie novatrice dont les nombreux produits pharmaceutiques sont connus de tous. Beaucoup d'entre vous se souviendront d'une chanson de Pauline Julien intitulée « La croqueuse de 222 ».

En 1965, la société Merck acquiert la compagnie Frosst; la nouvelle entreprise amorce dès lors un parcours axé sur la découverte, lequel se poursuit à ce jour.

Mais je ne suis pas ici aujourd'hui pour simplement rappeler les accomplissements passés, aussi importants soient-ils.

Je veux plutôt vous parler du futur – des formidables perspectives qu'offrent les médicaments de l'avenir, tant du point de vue des soins de santé que de la croissance économique, et du rôle que ma société compte jouer dans ce nouveau domaine prometteur.

Les soins de santé constituent un enjeu majeur au Québec et au Canada, comme partout ailleurs dans le monde. Il y a un mois, le Sondage sur les soins de santé au Canada a révélé que pour le grand public, les délais d'attente et la pénurie de médecins représentent aujourd'hui les deux plus importants problèmes liés à la santé au Canada; le vieillissement de la population suit de loin, en troisième place.

Il y a trois semaines, le rapport Castonguay a suscité beaucoup de controverse dans les médias et parmi les divers intervenants du milieu en raison de ses positions en faveur d'une plus grande place du secteur privé dans les soins de santé au Québec. Nous avons tous pu constater avec quelle rapidité certaines des recommandations du rapport ont été écartées. Je donne cet exemple parce qu'il illustre bien le contexte dans lequel notre société, Merck Frosst, doit réaliser des affaires chaque jour. Nous sommes un important membre du petit groupe d'industries du secteur privé qui offrent des soins de santé dans un système public. Même le titre de mon allocution de ce jour peut être sujet à controverse, car nombreux sont ceux qui pensent qu'il est malvenu de générer des profits dans le domaine de la santé. Sans vouloir me placer à contre-courant, je suis ici pour démontrer que nous pouvons tous profiter des progrès qui découlent de la recherche en santé.

Si vous vous rendez chez votre médecin aujourd'hui, il ou elle sera en mesure de vous offrir essentiellement quatre types d'interventions :

  • un diagnostic - fondé sur l'examen physique, les analyses, les scintigraphies, etc.;
  • des conseils - allant d'une discussion sur les changements à apporter aux habitudes de vie, comme « faire plus d'exercice ou manger mieux » jusqu'à la psychothérapie;
  • un traitement chirurgical;
  • ou un traitement médicamenteux.

La prescription d'un traitement médicamenteux est l'intervention la plus fréquemment proposée par les médecins, simplement parce ces derniers agissent dans le meilleur intérêt de leurs patients. La société Merck Frosst, comme tous les acteurs de l'industrie pharmaceutique, est fière de travailler de concert avec les médecins en leur apportant les outils qui leur donnent les moyens d'offrir les meilleurs soins possibles à leurs patients.

En fait, les nouveaux médicaments sont en grande partie à l'origine de la chute marquée des taux d'hospitalisation. Par exemple, entre 1983 et 2001, les baisses des taux d'hospitalisation étaient de 75 % pour les ulcères, de 71 % pour le VIH/SIDA et de 44 % pour le diabète et les affections respiratoires.

Les taux de mortalité ont également diminué, soit de 70 % dans les cas de VIH/SIDA et de 63 % dans les cas de crises cardiaques. Il m'est très agréable de penser que les innovations attribuables à la société Merck Frosst et à l'industrie pharmaceutique en général ont largement contribué à ces résultats édifiants. Merck a été la première à mettre au point des inhibiteurs de la protéase du VIH, lesquels sont à la base des trithérapies. Un autre pilier dans les trithérapies du VIH/SIDA est le médicament 3TC®, découvert à Laval par Biochem Pharma. Et encore l'année dernière, Merck Frosst a réitéré, avec un nouveau type de médicament appelé inhibiteur de l'intégrase. Très franchement, cette nouvelle classe constitue une véritable révolution pour les patients VIH/SIDA qui ne répondent plus au traitement classique. Merck a aussi été la première à mettre au point des statines, lesquelles, en abaissant le taux de cholestérol, ont profondément modifié l'approche des médecins en matière de prévention des crises cardiaques.

Et je n'ai pas encore parlé des vaccins. Dans ce domaine, Merck fait partie des rares compagnies qui poursuivent leurs recherches. De nombreux produits commercialisés par Merck assurent à nos enfants une protection contre des affections pouvant mettre leur vie en danger, comme la rougeole, les oreillons, la méningite, l'hépatite, la rage ou la pneumonie.

En outre, il y a deux ans, Merck a lancé GARDASIL®, le premier vaccin destiné à prévenir le cancer du col de l'utérus et les condylomes génitaux! En tant que femme, je ne pourrais être plus fière de cette innovation qui permettra de sauver la vie de milliers de femmes au cours des années à venir.

Et sans vouloir damer le pion à nos héros canadiens Banting et Best, qui ont mis au jour les propriétés de l'insuline dans le traitement du diabète, Merck Frosst célèbre tout juste le lancement, au Canada, d'un nouveau type de traitement contre le diabète de type 2.

Nul besoin d'être patient ou médecin pour profiter de la recherche en santé. Le fait de mener des recherches dans leur collectivité profite en effet à tous les Canadiens. La création d'emplois et les investissements stimulent l'économie locale. Selon les données de Statistique Canada, chaque emploi en recherche mène à la création de deux emplois supplémentaires. Chaque année au Canada, le secteur novateur de l'industrie pharmaceutique investit plus d'un milliard de dollars dans la recherche; il occupe ainsi le deuxième rang en recherche et développement après celui des télécommunications. Et une grande partie de cette recherche se fait ici, à Montréal.

Mais ces succès exigent des efforts considérables. Laissez-moi rapidement résumer les principales étapes en recherche et développement dans le secteur pharmaceutique. La première étape est la recherche fondamentale, que nous réalisons dans le laboratoire de recherche de Merck Frosst à Montréal, où 300 scientifiques sont à l'œuvre. C'est là que de nouvelles entités chimiques sont synthétisées. Lorsque nos scientifiques estiment qu'une molécule est utile, ils transmettent leur découverte à leurs collègues de la Mise au point des formes pharmaceutiques, lesquels sont chargés de présenter cette molécule sous sa forme posologique. Une fois le médicament expérimental au point, il est soumis à trois phases de recherche clinique chez l'humain visant à tester son efficacité et son innocuité.

Les organismes de réglementation, tels que la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis ou Santé Canada, examinent les résultats des études cliniques pour autoriser la mise en marché d'un produit.

En tout, le cycle de développement d'un nouveau produit pharmaceutique dure en moyenne douze ans et son coût total est d'environ un milliard de dollars. Notez qu'une seule molécule sur 10 000 est commercialisée. Vous ne serez donc pas surpris de savoir que sans la protection conférée par les brevets, il devient tout bonnement impossible de mener des recherches aussi coûteuses et risquées.

Compte tenu des succès des nouveaux médicaments attribuables à l'innovation médicale, les gouvernements, tant fédéral que provinciaux, ont reconnu l'importance de l'industrie biopharmaceutique, ou des sciences de la vie.

L'an dernier, j'ai eu le plaisir d'être invitée au lancement de la nouvelle stratégie sur les sciences et la technologie du gouvernement du Canada. Le domaine des « Sciences et technologies de la santé et de la vie » a été reconnu comme l'un des quatre secteurs clés sur lesquels le gouvernement compte concentrer ses efforts au cours des prochaines années.

En octobre 2006, le gouvernement fédéral a renforcé la protection des droits de propriété intellectuelle en garantissant que les nouveaux médicaments ne seront pas copiés avant au moins huit ans, et ce, dans le but de se conformer aux règles en vigueur dans les autres pays développés. Cet important geste illustre la volonté du gouvernement fédéral d'appuyer l'innovation pharmaceutique.

À l'échelle provinciale, on note l'annonce récente d'un budget de 150 millions de dollars que le gouvernement de l'Ontario a débloqué pour encourager les activités de recherche et de production des entreprises pharmaceutiques de cette province.

Et puis, bien entendu, il y a la reconnaissance de longue date par le gouvernement du Québec de l'importance du secteur biopharmaceutique dans la province.

Une reconnaissance encore soulignée l'an dernier par le lancement de sa « Politique du médicament ». Il y est énoncé très clairement que « le maintien d’une industrie biopharmaceutique dynamique au Québec » constitue l'un des éléments clés de cette nouvelle politique.

Cette mesure d'appui au secteur biopharmaceutique est certainement compréhensible si l'on tient compte des données statistiques propres à l'industrie.

Prenons Merck Frosst par exemple!...

Au Québec, nous offrons 1 166 emplois à temps plein. Le salaire annuel moyen des employés dépasse 83 000 $. Trois quarts des salariés ont un diplôme universitaire.

Chaque année, nous assurons également la formation de plus 70 étudiants par le biais de nos divers programmes de stages en recherche.

Essentiellement, ce secteur symbolise parfaitement le modèle économique fondé sur des « emplois très spécialisés et bien rémunérés » que tous les gouvernements cherchent à établir.

Et notre contribution va bien au-delà de la création d'emplois enviables au sein de notre entreprise.

Merck Frosst est à l'origine de commandes de biens et services, dont la valeur avoisine les 115 millions de dollars par année, passées auprès de quelque 2 000 fournisseurs. Au cours des dix dernières années, nous avons investi plus de 550 millions de dollars dans nos installations au Québec.

Si nous pouvons réaliser tous ces projets, c'est évidemment grâce au fait que, dans une large mesure, les conditions du succès de l'innovation sont en place au Québec et au Canada.

Ces conditions sont très simples. Les voici :

  • La présence de centres et d'organismes de recherche de premier plan qui se consacrent au développement de ce secteur. Dans le domaine de la santé, l'Université de Montréal et l'Université McGill viennent bien entendu immédiatement à l'esprit;
  • Une collectivité comptant de nombreux talents et un personnel hautement qualifié;
  • Un accès aisé à divers types de financement, notamment en matière de capital de risque;
  • Des liens étroits et porteurs entre les différents acteurs qui composent la chaîne de valeur de ce secteur;
  • Des milieux d'affaires et scientifiques favorables, notamment en regard de la réglementation sur les médicaments novateurs et de leur remboursement, tant par les régimes public que privés.

J'ai déclaré que les conditions sont en place « dans une large mesure ». On observe cependant certaines incohérences qui empêchent l'industrie biopharmaceutique d'être pleinement au service des Canadiens.

À l'heure actuelle, le premier défi que notre industrie doit surmonter est la lenteur du processus d'autorisation de mise en marché de nos produits, ainsi que les règlements disparates auxquels nous sommes soumis en fonction des différentes juridictions du pays en matière d'accès aux médicaments et à leur remboursement.

Le fait est que nous évoluons dans un domaine très exigeant. Notre secteur possède le plus long cycle de développement de produits. Comme je l'indiquais plus tôt, plus de dix ans en moyenne sont en effet consacrés à la recherche et au développement.

Et la durée de ce cycle n'a pas cessé de croître au cours des dernières décennies en raison de la complexité croissante des projets en recherche et développement. Pour exprimer les choses simplement, les maladies qui nous préoccupent, comme entre autres, le cancer, l'Alzheimer ou la maladie de Parkinson sont des affections plus complexes que celles que nous traitons actuellement avec succès; on voit très bien ces différences par exemple au laboratoire où les délais et les coûts reliés à ces cibles plus complexes sont plus importants.

Paradoxalement, alors qu'en recherche et développement le temps consacré à la mise au point de nouveaux médicaments et vaccins augmente, notre secteur est soumis à une réglementation parmi les plus strictes de notre économie.

À chaque étape du processus, des études cliniques à l'autorisation de mise en marché, de l'accès aux brevets jusqu'aux études de pharmacovigilance, nous devons passer de nombreux points de contrôle et respecter les diverses mesures de protection en place.

Quand je regarde vers l'avenir, je peux vous dire que la réglementation devient de plus en plus stricte, d'une part pour limiter les possibles effets indésirables des médicaments, mais aussi pour contenir l'augmentation des coûts de santé.

Sur ce dernier point au moins, le Canada doit se montrer vigilant. Le fait que plusieurs traitements médicamenteux, utilisés adéquatement, permettent aux patients de quitter l'hôpital plus rapidement ou de demeurer chez eux plus longtemps contribue à réduire les dépenses liées aux soins de santé. Au Canada, la prescription de médicaments de marque compte pour moins de 10 % de chaque dollar investi dans les soins de santé. Chaque dollar investi dans la mise au point de nouveaux médicaments permet de réaliser une économie de l'ordre de sept dollars dans les autres secteurs des soins de santé en réduisant le nombre d'hospitalisations et d'interventions chirurgicales.

Si les gouvernements veulent réduire les coûts reliés aux soins de santé, un objectif que nous appuyons tous, ils peuvent le faire autrement qu'en adoptant des règlements qui réduisent l'accès des contribuables provinciaux à un remboursement et qui empêchent de ce fait les patients de recevoir les traitements dont ils ont besoin. L'approche actuelle constitue un fardeau inutile pour un secteur qui a grandement contribué à faire avancer la science médicale et à générer des économies dans le système de santé.

À présent, j'aimerais prendre un moment pour vous parler de certaines réalisations dont nous sommes très fiers chez Merck Frosst et qui remontent à notre héritage montréalais.

Nos scientifiques de Montréal ont découvert le traitement antiasthmatique SINGULAIR®, lequel est actuellement notre meilleur produit, avec 4,8 milliards de dollars de ventes prévues à l'échelle mondiale en 2008.

Parmi les autres succès de Merck Frosst, on note la découverte du médicament cardiovasculaire BLOCADREN®, du relaxant musculaire FLEXERIL® et de TIMOPTIC® contre le glaucome.

Nos collègues chercheurs méritent également notre reconnaissance pour leurs récents travaux sur CORDAPTIVEMC, un médicament destiné à abaisser le cholestérol élevé; CORDAPTIVEMC est en attente d'approbation par la FDA aux États-Unis.

Ensuite vient notre médicament MK-0822, dont les effets sur l'ostéoporose sont en cours d'évaluation.

Ça ne s'arrête pas là! Selon la liste globale des projets de recherche en cours dans les laboratoires de recherche de Merck, laquelle a été rendue publique récemment, ce sont pas moins de six molécules qui proviennent du laboratoire de recherche de Merck Frosst à Montréal. En fait, notre laboratoire compte globalement parmi les plus productifs de Merck.

Nous espérons que notre parcours continuera d'être jalonné de succès comme ceux-ci au cours des années à venir. Comme je l'ai démontré, ils contribuent à stimuler l'économie au Québec et au Canada et à améliorer la qualité de vie, non seulement des Canadiens, mais des patients partout dans le monde.

Toutefois, ces succès seront plus difficiles à obtenir, parce que la concurrence internationale en recherche est féroce. Alors que le Canada fait figure de chef de file et de précurseur dans le secteur de la recherche en biotechnologie, d'autres pays se démènent pour nous rattraper. Par exemple :

La Chine compte actuellement 2 500 entreprises de biotechnologie auxquelles s'ajoutent chaque année une centaine de nouvelles sociétés. En tout, 200 laboratoires, qui emploient plus 20 000 salariés, sont financés par le gouvernement chinois.

En Malaisie, le premier ministre préside un Conseil visant l'implantation des biotechnologies dans ce pays. Les programmes d'incitation fiscale comprennent une exonération d'impôt de 100 % pendant dix ans à compter de la première année où la société réalise des profits, ou encore un abattement d'impôt de 100 % à l'investissement sur les dépenses en immobilisations encourues, et ce, pendant cinq ans.

Et ce ne sont que deux exemples d'un nouveau type de concurrence auquel le Canada doit répondre. En vérité, certains pays mobilisent leurs ressources pour se tailler une place dans le domaine de la « bioéconomie ». À l'heure actuelle, et dans un avenir prévisible, ces pays réalisent des activités de recherche et développement à une fraction du coût, comparativement à un pays comme le Canada.

Avant mon retour chez Merck Frosst en 2006 à titre de présidente, j'ai eu le plaisir d'occuper les fonctions de vice-présidente, Asie Pacifique, chez Merck & Co., Inc.; j'ai ainsi passé beaucoup de temps en Asie du Sud-Est et en Chine continentale. J'ai pu observer directement la façon dont ces pays en développement concentrent leurs efforts pour bâtir cette nouvelle économie. Et croyez-moi – ils sont déterminés à réussir. Pour attirer les investissements en recherche et développement en provenance de notre secteur, le gouvernement chinois adopte le point de vue suivant – et c'est exactement ce que j'ai constaté de visu à l'occasion de plusieurs réunions auxquelles j'ai participé en Chine.

Au départ, le gouvernement de la Chine a en perspective un avenir qui inclut les cent prochaines années. C'est une question de mentalité. En Chine, cent ans équivaut à une goutte d'eau dans l'océan. Vous serez certainement d'accord avec moi sur le fait que cette vision diffère sensiblement de celle qui s'étend sur deux à quatre ans, et qui prévaut auprès des gouvernements au Canada, aux États-Unis ou en Europe.

Vous pouvez bien vous dire qu'avec un tel horizon de cent ans, nous n'avons rien à craindre à court et à moyen terme. Mauvaise réponse. Lorsque le gouvernement chinois identifie soigneusement les secteurs de développement pour leur plan de 100 ans, celui-ci joue pour gagner dans ces secteurs et les Chinois sont prêts à fournir un investissement initial massif pour garantir le succès à long terme. Nous avons affaire à un formidable concurrent!

Avec ce type de perspective, ils veulent savoir ce que nous pouvons faire pour créer une situation qui ne fait que des gagnants, soit les patients, l'industrie et le gouvernement, et ce, sur une période de cent ans. Pour les patients chinois, cela se traduit par l'accès à des médicaments novateurs. Pour l'industrie, par des activités de recherche et développement à faible coût et l'accès à de nouveaux marchés pour nos produits. Pour le gouvernement chinois, les investissements en recherche et développement se font en Chine plutôt qu'au Canada, en Europe de l'Ouest, au Japon ou aux États-Unis.

Pensez au marché chinois un instant. La Chine compte 1,3 milliard d'habitants (environ 20 % des habitants de la planète). L'émergence d'une classe moyenne chinoise est déjà en cours. Et même si seulement 30 % de la population totale de la Chine finissait par entrer dans cette catégorie, notre industrie aurait accès à un marché de nouveaux consommateurs équivalent au marché américain.

En outre, la nouvelle classe moyenne en Chine affiche une grande fidélité aux marques. Elle tient à se procurer du dentifrice Crest, des chaussures de sport Nike et des médicaments de marque.

Aucun doute : l'accès au marché chinois représente une occasion en or pour une compagnie pharmaceutique globale.

Alors, en tant que Canadiens, comment pouvons-nous lutter contre ce phénomène? Comment moi, à titre de présidente de la filiale canadienne de Merck & Co., puis-je lutter à l'intérieur de ma propre société internationale pour maintenir et accroître les investissements de Merck en recherche et développement au Canada?

Pouvons-nous lutter contre l'Inde et la Chine en matière de coûts? Jamais de la vie! Toutefois, il y a deux domaines où nous pouvons nous battre, et nous devons protéger ces forces du marché avec détermination. Le premier correspond à la qualité de nos travaux scientifiques et à la productivité de nos chercheurs. La deuxième correspond à notre cadre politique.

Actuellement, le cadre politique en Chine et dans les autres pays en développement ne soutient pas l'innovation, parce que les lois sur la protection conférée par les brevets sont en retard. Mais ces pays font des efforts considérables pour améliorer cette situation, et je n'ai aucun doute sur leur capacité à combler cet écart. Nous devons absolument capter ce sentiment d'urgence pour garantir que le Canada demeure compétitif grâce à un cadre politique favorable en matière de protection des droits de la propriété intellectuelle et à une réglementation qui donne accès aux médicaments et à leur remboursement.

Si le Canada s'assoit simplement sur ses lauriers, si nous pensons que « ce que nous faisons est fantastique », je suis absolument convaincue que nous finirons par perdre beaucoup de terrain à cette concurrence émergente.

Et si nous nous retrouvons à l'arrière du peloton, nous pourrions voir nos entreprises et nos scientifiques partir à l'étranger à la recherche de perspectives plus intéressantes.

L'industrie canadienne s'attend à pouvoir travailler en partenariat avec les gouvernements pour que les politiques soient élaborées en fonction du nouveau contexte de concurrence du 21e siècle, déjà bien réel.

La bureaucratie pour la bureaucratie tue l'innovation.

Des processus déraisonnables et des tracasseries administratives peuvent nuire aux investissements et contraindre les sociétés à rechercher un cadre juridique autorisant des régimes plus progressistes en matière de réglementation.

Nous avons besoin au Canada d'un cadre de réglementation cohérent et à l'avant-garde, qui garantit d'abord et avant tout la sécurité des Canadiens tout en encourageant l'innovation.

Je crois sincèrement que nos gouvernements à Ottawa et à Québec saisissent parfaitement la « philosophie » du problème.

À présent, nous devons nous assurer que l'ensemble des gouvernements et de leurs représentants reconnaissent que l'intégration de l'innovation dans le système de soins de santé contribue grandement à notre bien-être collectif, à commencer par la santé, mais aussi au bien-être de l'industrie, laquelle joue un rôle de plus en plus important dans l'émergence d'une économie du savoir.

En conclusion, les nouveaux médicaments et vaccins contribuent à la fois à la santé de la population et à la santé économique du pays – le meilleur des deux mondes!

Merci infiniment.

Site à l'usage unique des résidents canadiens / Ce site a été mis à jour le 24 novembre 2008.